Ethics or Êthos ? How to Dwell, Where to Dwell
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Parution de SHARE 22 février 2026. Ce numéro (en acquisition pour 10 euros) réunit quatorze articles, signés par des contributeurs locaux et internationaux, qui interrogent les raisons pour lesquelles nos sociétés sont devenues de plus en plus fragiles alors même que nos existences n’ont jamais été aussi étroitement interconnectées.
https://archive.org/details/ethics-or-ethos - Lien PDF vers l’article en anglais
Présentation de l’article
Ethics or Êthos? – Comment habiter, où habiter
Dans cet article -https://archive.org/details/ethics-or-ethos- je propose une distinction entre éthique et êthos. Alors que l’éthique se présente comme normative, rationnelle et prescriptive — déclinée en systèmes déontologiques, utilitaristes ou aristotéliciens —, l’éthos terme que je vais choisir comme argument, désigne la manière d’habiter le monde, un mode d’être, un climat, une tonalité, inscrit ontologiquement plutôt que moralement. Chez Héraclite, l’éthos de l’homme est son daimon, non un choix, mais une disposition qui révèle sa manière d’être au monde.
L’éthique contemporaine, multipliée et omniprésente dans les sciences humaines, la médecine, le droit ou la gouvernance, tend à se vider de sa substance. Elle devient un mot-slogan, une posture, un ensemble de normes sans véritable relation au monde. L’êthos, en revanche, est pré-discursif, incarné, atmosphérique, il se perçoit, se partage, se vit par les gestes, les habitudes, l’attention et la sensibilité. Là où l’éthique prescrit, l’êthos expose, il est le lieu fragile de cohabitation avec le réel.
Je poursuis ma réflexion en articulant cette conception avec le réalisme spéculatif, qui affirme l’existence indépendante du monde, des objets et des phénomènes au-delà de la perception humaine. Habiter ne signifie pas posséder ou contrôler, mais être affecté et modelé par le monde — ses résistances, ses rythmes, ses présences non humaines. L’habiter devient une expérience de coexistence spéculative, une attention fragile aux intensités et aux tonalités du réel.
Je souligne toutefois la pluralité des êthē, chaque culture, groupe ou individu habite un monde qui lui est propre. Cette diversité rend illusoire la prétention d’une éthique universelle et révèle les sources des conflits humains, exacerbées par la domination, l’exploitation et la destruction du monde par les logiques capitalistes. La Terre n’est plus habitat, mais extérieur qui nous précède et nous excède.
Dans cette perspective, l’éthique cesse d’être une obligation ou un devoir moral. Elle devient disposition à la cohabitation avec le monde et ses multiples présences, humaines et non humaines. La societas s’élargit, elle inclut humains, animaux, plantes, objets, climats, phénomènes et forces invisibles, dans un tissu d’influences réciproques. La responsabilité ne repose plus sur un sujet souverain, mais sur l’ “attunement " l’accord attentif à ce qui dépasse et décentre l’humain.
Adonc, habiter le monde implique d’accepter l’irréconciliable, la tension entre présence et absence, connu et inconnu, humain et non humain. L’éthos de l’éthique consiste alors en une hospitalité inconditionnelle, fragile mais habitée, qui ne cherche pas à maîtriser ni posséder, mais à résonner avec le monde dans sa pluralité et son étrangeté.

